{"id":661,"date":"2014-04-20T19:00:39","date_gmt":"2014-04-20T19:00:39","guid":{"rendered":"http:\/\/paulmaheke.com\/projets\/?page_id=661"},"modified":"2024-05-29T21:03:12","modified_gmt":"2024-05-29T21:03:12","slug":"par-francois-quintin","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/paulmaheke.com\/projets\/par-francois-quintin","title":{"rendered":"Text by Fran\u00e7ois Quintin (Art Magazine)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Aux \u00ab objets trouv\u00e9s \u00bb, une personne d\u00e9posant un parapluie ou un chapeau perdu peut en r\u00e9clamer la propri\u00e9t\u00e9 au terme, dit-on, d\u2019un an et un jour. Pour d\u00e9signer cette personne, on utilise le mot d\u2019\u00ab inventeur \u00bb. C\u2019est fascinant cet espace d\u2019un-an-et-un-jour, ce long rendez-vous rat\u00e9 entre l\u2019inconnu l\u00e9s\u00e9 et l\u2019inventeur qui se d\u00e9clare ! Les oeuvres laiss\u00e9es dans l\u2019espace public par Paul Maheke sont des adresses \u00e0 l\u2019inventeur. Celui-ci n\u2019aura sans doute pas la patience de revendiquer \u00e0 son tour une quelconque autorit\u00e9. Mais il faut qu\u2019un banc en pierre au soleil couchant de Pornichet fasse briller de discr\u00e8tes paillettes, il faut qu\u2019on le regarde une seconde fois pour qu\u2019il enfle, se gonfle, qu\u2019il parade, fasse son int\u00e9ressant devant notre curiosit\u00e9 forc\u00e9e, pour que l\u2019invention nous conduise incr\u00e9dule dans la danse \u00e9rotique du mobilier urbain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ailleurs, ce sont des souches d\u2019arbre d\u2019un bleu stellaire qui s\u2019exposent aux regards des joggeurs des hauteurs de Barcelone. L\u2019espace de la rencontre n\u2019est pas celui de la contemplation, n\u2019est pas m\u00eame celui de l\u2019art, mais il est question de la beaut\u00e9, de son surgissement, de sa possibilit\u00e9. Comme un James Lee Byars reconnaissait la beaut\u00e9 autant dans la puret\u00e9 d\u2019un marbre blanc de Carrare que dans la forme parfaite d\u2019une sph\u00e8re en mie de pain, Paul Maheke la fait appara\u00eetre. Pour cela il sollicite le soleil.<br \/>\nToujours \u00e0 Barcelone, devant le pavillon allemand de Mies Van der Rohe, un homme tourne, portant une robe de derviche dans un tissu plus r\u00e9fl\u00e9chissant qu\u2019un miroir et lib\u00e8re une myriade de ciels, de soleils et d\u2019architectures en fragments. Il partage avec <a href=\"http:\/\/maximebichon.net\">Maxime Bichon<\/a>, avec qui il collabore fr\u00e9quemment, un go\u00fbt pour l\u2019abandon. La s\u00e9rie <em>Peinture \u00e0 un.e inconnu.e<\/em>, 2012, est un ensemble de petites toiles monochromes abandonn\u00e9es dans un parking de Montr\u00e9al, destin\u00e9es aux usag\u00e9s des places r\u00e9serv\u00e9es, faisant de ceux dont les noms sont inscrits de possibles inventeurs. Il parle des r\u00e9flexions de Patrick Loubier, historien d\u2019art canadien, sur des formes d\u2019interventions furtives dans l\u2019espace public, comme des intrusions dans le r\u00e9el.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>La Montagne et l\u2019eau<\/em>, 2013, \u00e9tait une action consistant \u00e0 placer sur des points de vue d\u00e9gag\u00e9s vers la gare du Nord de petites plaques d\u00e9crivant un paysage de nature, une hybridation imm\u00e9diate des lointains qui am\u00e8ne le paysage urbain \u00e9galement dans le champ de l\u2019invention, pour paraphraser un titre c\u00e9l\u00e8bre (1). Avec juste intuition, son espace de pens\u00e9e conjugue des enjeux li\u00e9s au paysage avec les questions du genre. Des th\u00e9oriciens de l\u2019identit\u00e9 culturelle et de la troisi\u00e8me vague f\u00e9ministe font partie de ce qu\u2019il appelle son \u00ab antichambre de travail \u00bb. L\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, Paul Maheke investissait clandestinement le mur d\u2019une sanisette en y apposant un vinyle adh\u00e9sif. La petite place \u00e9tait chaque soir le th\u00e9\u00e2tre d\u2019assembl\u00e9es de rue tenues bruyamment par les hommes du quartier. Sur un fond floral, le texte de l\u2019affiche restituait un passage de <em>Middlesex<\/em> de Jeffrey Eugenides, qui transpose au XXe si\u00e8cle les m\u00e9moires d\u2019Herculine Barbin dite Alexina B, un hermaphrodite du XIXe si\u00e8cle. Dans cet extrait, le protagoniste d\u00e9crit son sexe, l\u2019objet du d\u00e9sir, qu\u2019il qualifie de crocus. Au prochain Salon de Montrouge, Paul Maheke pr\u00e9sentera une grande image, un abri d\u00e9sert\u00e9 sur un quai de train de banlieue. En surimpression, un texte d\u00e9crit une sc\u00e8ne dont l\u2019artiste a \u00e9t\u00e9 le t\u00e9moin dans ce m\u00eame espace : une adolescente et neuf jeunes hommes partagent une m\u00eame attitude exag\u00e9r\u00e9ment masculine en d\u00e9pit des diff\u00e9rences de sexe, des \u00ab h\u00e9t\u00e9rotopies genr\u00e9es \u00bb, dit l\u2019artiste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les oeuvres de Paul Maheke semblent nous faire signe. Elles d\u00e9signent des interstices, des creux dans le r\u00e9el, dans le quotidien, dans l\u2019identit\u00e9, des vall\u00e9es o\u00f9 les corps sont travers\u00e9s, o\u00f9 la pr\u00e9sence des \u00eatres au monde est indissociable du monde lui-m\u00eame, en sugg\u00e8re m\u00eame des revers ; et pour un signe reconnu, combien y en a-t-il d\u2019autres non remarqu\u00e9s ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">texte de Fran\u00e7ois Quintin, <em>Arts Magazine<\/em> n\u00b087, mai 2014<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014<br \/>\nnotes :<br \/>\n1. Anne Cauquelin, <em>L\u2019Invention du paysage<\/em>, Puf, 1989.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Aux \u00ab objets trouv\u00e9s \u00bb, une personne d\u00e9posant un parapluie ou un chapeau perdu peut en r\u00e9clamer la propri\u00e9t\u00e9 au terme, dit-on, d\u2019un an et un jour. Pour d\u00e9signer cette personne, on utilise le mot d\u2019\u00ab inventeur \u00bb. 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